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Révélations sur la destruction des invendus chez Amazon

, par Stratégies Logistique

Un journaliste de M6 a infiltré l’entrepôt d’Amazon à Saran dans le Loiret pour tourner des images d’objets neufs voués à la benne. Lors de l’émission Capital dimanche soir, il a dévoilé les coulisses du contrat qui encourage les vendeurs du bout du monde à détruire leurs marchandises neuves.

Chez Amazon, des dizaines d’articles encore emballés partent quotidiennement à la benne : des livres, des couches, des jouets, des appareils électriques comme des télévisions, des aspirateurs, des téléphones, des caméras mais aussi des services à vaisselles, bref, des produits neufs.

"Ce sont des produits neufs, 70 à 80% étaient vendables", témoigne anonymement une ancienne d’Amazon. Vincent, qui a également travaillé chez le géant américain du e-commerce, renchérit : "Dans un lot cafetière et capsules, il suffit que les dates de péremption des dosettes de café soient dépassées pour que tout passe à la trappe, le vendeur ne souhaitant souvent pas les reconditionner si par exemple le nouveau modèle vient de sortir".

3,2 millions d’unités

D’après les estimations de la CGT de Chalon-sur-Saône (le plus petit des entrepôts français), qui a a extrapolé les chiffres de ses destructions aux cinq entrepôts français, près 3,2 millions d’objets manufacturés, neufs ou en tout cas tout à fait utilisables, seraient détruits chaque année au sein des entrepôts d’Amazon.

Interrogée par les syndicalistes, la direction d’Amazon renvoie la responsabilité aux vendeurs, propriétaires de 80% de la marchandise détruite. Sauf que la plupart d’entre eux se trouvent à l’autre bout du monde, et notamment en Chine. A Shenzhen, une entreprise de fournitures de bureau témoigne : grâce à Amazon, il a triplé ses ventes mais si les marchandises ne se vendent pas, le stockage devient trop cher.

Tarifs de stockage dissuasifs

Le journaliste dévoile les arcanes du contrat : la facturation du stockage pour les vendeurs indépendants commence à un prix très avantageux de 26 euros/m3 et par mois pour atteindre 500 euros/m3 au bout de six mois et 1000 euros/m3 après un an. Logique, puisqu’Amazon empoche une commission allant de 5à 8% sur chaque commande.

Si la société de fournitures de bureau souhaite rapatrier ses produits d’Angleterre en Chine, cela lui coûterait 20 euros par agrafeuse. La destruction, elle, n’est qu’à 15 centimes par objet. "Si nous avions le choix, nous préférions les donner à des gens dans le besoin", confie le responsable du digital.

Faibles volumes par rapport aux ventes

L’ancien vice-président Europe, Philippe Hémard, explique qu’Amazon n’est pas intéressé par le stockage : "Amazon vous incite à ne pas "archiver" vos produits, Amazon veut mettre des produits disponibles pour les clients et qu’ils soient achetés". Pour lui, la destruction ne représente que de faibles volumes comparés au chiffre d’affaires global. A Saran, les articles détruits ne représentent que 3% des articles vendus.

Nouvelle loi

Le reportage a "choqué" la secrétaire d’État française à la Transition écologique Brune Poirson. "Dans les mois à venir, une loi va interdire ce type de pratique. Des entreprises comme par exemple Amazon ne pourront plus jeter des produits qui sont encore consommables et ne pourront pas non plus les rendre impropres à la consommation", a ainsi déclaré Brune Poirson après la diffusion du reportage dans l’émission. La Ministre veut aller encore plus loin : les markets places pourraient devenir responsables par défaut de la fin de vie des produits qu’elles commercialisent.

Rendez-vous sur le site de M6 Replay pour revoir le reportage.

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