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FM en Russie, une affaire de ténacité financière

, par Luc Battais

La présence de FM Logistic en Russie, est une histoire déjà longue, parfois fort coûteuse, mais solide au bout du compte. A l’occasion de son cinquantième anniversaire fêté cette année, l’entreprise a souhaité porter un regard sur un épisode important de son développement, débuté il y a maintenant 23 ans.

Comme tous les systèmes de distribution de PGC, la répartition des entrepôts FM Logistic en Russie est à l’image de la carte de la consommation du pays : centrée sur Moscou, une conurbation de 20 millions d’habitants, puis sur Saint-Pétersbourg, le principal point d’entrée des importations, et quelques grandes villes proches des frontières de l’ouest.
Le logisticien y emploie au total 8000 personnes et dispose de 750 000 m2 d’entrepôts répartis de façon très diverses entre les régions dans une vingtaine de sites. A elle seule, la région de Moscou totalise 685 000 m2 d’ entrepôts généralement multi-clients, parfois gigantesques, sur 10 sites où sont proposées toutes les prestations logistiques, y compris sous température dirigée, nécessaires à approvisionner une mégapole en produits importés de grande consommation ou de luxe. La plupart de ces produits sont proposés par des industriels et des enseignes dont FM a accompagné l’implantation en Russie à un moment ou à un autre depuis 1994.

Un réseau de cross-dock à très grandes mailles

Les 10 sites exploités hors la région de Moscou sont de taille beaucoup plus réduite. Le plus important, situé à Saint-Pétersboug, occupe 23 000m2 au sol, les autres disposent d’une surface moyenne de 2500 à 3000 m2 dans des villes éloignées voire très éloignées de la capitale comme Samara ou Novosibirsk (située à la même distance de Moscou que Paris). Ils constituent une sorte de réseau de cross-dock et d’entreposage multi-clients à mailles très larges : partant de Saint-Petersbourg pour se déployer vers le sud de la Russie avant de s’orienter vers l’est à travers déserts et montagnes, jusqu’à relier Vladivostok sur l’Océan Pacifique à des dizaines de milliers de kilomètres de Moscou.

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Les petites plates-formes du réseau de cross-dock qui s’étend jusqu’à l’Ocean Pacifique sont reliées par la route
Doc. FM Logistics

Les agences de ce réseau linéaire sont essentiellement desservies par la route et de façon très marginale par le rail même si FM Logistic dispose en Russie de quelques wagons. La principale activité du responsable du réseau est de trouver du fret de retour dans le sens Est-Ouest.

Sur toute l’étendue de la supply chain

A partir de cette infrastructure, FM a progressivement constitué une offre de services door-to-door en intégrant des prestations qui ne sont pas traditionnellement proposées par des prestataires purs logisticiens en France. Ainsi l’entreprise emploie 130 déclarants en douane à l’entrée en Russie. Mais ils ne sont que des maillons de filières d’import qui commencent bien en amont.
Ainsi pour certains clients européens, les marchandises à destination de la Russie sont collectées dans 14 pays, centralisées dans l’entrepôt français de Longueuil-Sainte-Marie dans l’Oise avant d’être ré-expédiées vers la Russie.

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Une grosse moitié de l’offre logistique de FM Logistics est située à l’intérieur d’un cercle centré sur Moscou d’un rayon d’une soixantaine de kilomètres.
Doc. FM Logistics

Elles sont alors injectées dans le système de distribution qui peut comprendre des solutions de livraison urbaine ou de distribution classique avec les propres véhicules du prestataire qui emploie 24 conducteurs et une quarantaine de sous-traitants dans la région de Moscou. La particularité de cette offre finalement bien ordinaire, du point de vue de l’organisation logistique vue de France, est sa pérennité sur un marché pour le moins difficile et son aptitude à s’y déployer encore pour des clients comme Leroy-Merlin.

Roubles à dissipation immédiate

Jean-Christophe Machet résume simplement le fonctionnement du marché : « les Russes ont un rapport à la consommation déconcertant, ils ont des niveaux de salaires très modestes mais il s’achètent des Iphones ». Sur place des observateurs confirment. Hors le cercle assez restreint des gens fortunés, le mode de vie de la classe moyenne russe est autant constitué de débrouille notamment pour le logement, que de consommation.

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« les Russes ont un rapport à la consommation déconcertant, ils ont des niveaux de salaires très modestes mais il s’achètent des Iphones »
Photo LB

Et les Russes auraient été tellement éprouvés par les fréquentes et brutales pertes de valeur du rouble qu’ils se dépêcheraient de dépenser le peu dont ils disposent de peur d’en voir disparaître la moitié du pouvoir d’achat du jour au lendemain. Le plus grand traumatisme aurait été la crise financière de 1998, quand le rouble à perdu 40% de sa valeur.

Les crises suivantes, petites ou grandes, produisent un effet de réplique à l’instar de la crise de 2014 engendrée par les effets cumulatifs du conflit en Ukraine et de la chute des cours du pétrole russe. Jean-Christophe Machet rappelle qu’en 1998 son entreprise avait décidé de rester en Russie quoiqu’il arrive alors même qu’elle venait d’investir une quarantaine de millions d’euros pour des clients qui, pour partie, se retiraient du marché. En 2013, FM Logistic reprenait même le prestataire Uniweg, spécialiste de la distribution des produits frais sous-température dirigée.

Mais ces convulsions monétaires ont un coût. Jean-Christophe Machet estime que les pertes de change diminuent de moitié le chiffre d’affaires russe qui s’établit aujourd’hui à 250 M€ tandis que les gains de compétitivités doivent compenser une érosion monétaire annuelle qui peut atteindre 13%. « En Russie, il faut 4,5 ans pour amortir un AGV que nous l’amortissons en 3 ans en France » souligne t-il. De leur côté, les contraintes d’exploitation des entrepôts peuvent aussi se révéler assez singulières, comme l’illustre le fonctionnement du site de Chekov à une soixantaine de kilomètres au sud de Moscou.

De gros sites généralistes

Troisième plus grand entrepôt FM Logistic en Russie, avec 108 000m2 et 176 000 emplacements palettes,

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Installé en Russie depuis 1994 le prestataire a investi beaucoup d’argent pour y rester malgré la succession des crises économiques majeures.
Doc. FM Logistics

ouvert en 2004 il a été agrandi par ajouts successifs de nouvelles cellules de 6 500m2 jusqu’à en compter 14 aujourd’hui. Il abrite 18 clients dont Bosch (37 000 palettes), Loréal (22 000 palettes) et LVMH (11 000 palettes). Cette croissance menée au gré des pré-requis fixés par les clients confère au site une grande diversité de configurations depuis des stockages massifs sur 14 mètres de haut pour Loréal, jusqu’à à un petit atelier de russification des emballage (sur-étiquetage) pour LVMH.
Certaines cellules comportent un deuxième étage en dur pour du picking en put-to light, d’autres comportent un stockage vertical de type Kardex en bout de racks pour la logistique de très petits objets tandis que le chocolat de Barry Callebaut est stocké sous-température dirigée à 16-18°c et que certaine cellules peuvent recevoir des matières dangereuses.

Négocier des vacations de seulement 12h

L’un des sujets les plus épineux à traiter pour faire fonctionner cet ensemble est probablement de gérer la pénurie de main-d’oeuvre. Christophe Ménivard, directeur général de la zone Europe centrale et Europe de l’Est, explique que l’entrepôt, qui emploie 1200 personnes en moyenne, éprouve des difficultés à recruter dans une zone proche du plein emploi. FM Logistic lutte contre la pénibilité, propose des repas de qualité à la cantine, ce qui serait « exceptionnel » en Russie... mais cela ne suffit pas.

Dans un entrepôt qui fonctionne 24h sur 24 et 7 jours sur 7 en deux équipes, l’entreprise a dû négocier pour limiter la durée des vacations à 12h suivie de deux jours de repos quand les employés demandaient 24H de travail non-stop et 3 jours de repos. Les raisons invoquées étaient que l’éloignement du site leur imposait un trajet de 1h à 1h30 dans de mauvaises conditions de transport pour « seulement » 6h de travail. Les trois jours de repos leur permettaient en outre de prendre un autre emploi. La transaction à 12h de travail d’affilée a dû s’accompagner de la mise en place d’un service de ramassage par autocars financé par FM Logistic à hauteur de « plusieurs millions de dollars par an ». Résultat, chaque jour au changement d’équipe, c’est une masse de plusieurs centaines de personnes qui montent dans la quarantaine d’autocars d’où viennent de descendre les employés de l’équipe suivante.

En 2017 le groupe FM Logistic emploie 23 300 personnes dans 13 pays dans le monde et réalise un chiffre d’affaires de 1,075 Md€ dont 38% en France pour un Ebit de 31 M€.

Le magazine et les hors-séries

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